« Une paire de lunettes cassées et son carnet »

Catégorie : Rencontre

Quelle image de votre mère vous tient à coeur ?

Denis Westhoff: « Elle a souvent été réduite à sa caricature, à l’alcool ou à la drogue. A la fin de sa vie, on parlait davantage de ses impôts que de son oeuvre. Il est temps de passer à autre chose. C’était une femme timide et en même temps, très disponible, très ouverte. Elle adorait rire et faire des farces, inverser l’ordre des choses pour les rendre cocasses.  Elle ne laissait jamais passer une occasion de s’amuser ».

D’où sa vie toujours très entourée d’amis

« Ils étaient aussi drôles qu’elle. Fidèles aussi. De Jacques Chazot à Bernard Franck ou Peggy Roche, ils partageaient la même tendresse pour elle, la même envie de la protéger. Elle avait ce physique frêle qui appelait la protection. Puis est arrivée l’époque terrible avec une succession de décès. Sa mère, son père, Bob Westhoff mon père, Jacques Chazot et puis Peggy dont la disparition l’a beaucoup affectée. Dès lors, la situation a commencé à lui échapper. Peggy est enterrée avec elle dans le Lot où je retourne régulièrement ».

Avez-vous pu récupérer des objets de votre mère?

« Rien ne m’est parvenu, hormis une paire de lunettes cassées et le petit carnet de notes qui était sur son bureau »

Existe-t-il des inédits?

« J’ai un manuscrit écrit à la fin de sa vie, quand elle souffrait d’absences. Il est donc impubliable en l’état car trop confus. Pourtant, il est riche de très belles pages. Il faudrait remanier, mais c’est compliqué. Jean-Marc Roberts, l’éditeur qui l’a republiée chez Stock m’y encourageait. Mais Jean-Marc Roberts n’est plus là…. »

Comment l’oeuvre de Françoise Sagan vit-elle aujourd’hui?

« C’est un auteur qui reste moderne, quand certains de ses contemporains sont devenus ringards. Ses livres ont gardé leur fraîcheur. Elle est traduite dans une quinzaine de langues. Les Russes par exemple l’aime beaucoup. En France, il y a des projets d’anthologies. Son théâtre aussi est joué régulièrement. On vient de me proposer l’adaptation de « Bonjour tristesse » pour un ballet et les éditions Rue de Seine finalisent la version BD de ce roman pour l’automne. Le Livre de Poche vient aussi de publier ses chroniques ».

De Sagan, quels sont vos livres préférés?

« « Les bleus à l’âme » car elle s’y raconte un peu; « Un peu de soleil dans l’eau froide ». « Bonjour tristesse » n’est pas mon favori car son écriture a évolué. J’aime la période des années 70. Et son théâtre où elle était plus drôle que dans ses romans. Elle se lâchait davantage jusqu’au farfelu. J’adore « Le cheval évanoui ». »

Vous avez écrit « Françoise Sagan, ma mère ». Ecrivez-vous encore? 

« Il faudrait que je m’y mette. Il m’est arrivé tant de choses depuis la succession, tant de rencontres. Je voudrais le raconter à la troisième personne, trouver cette musique…. »

En 2010, vous avez aussi créé le Prix Françoise Sagan

« J’y tiens beaucoup. Je voulais un prix intègre qui couronne un auteur encore inconnu. Le jury composé de libraires, d’étudiants, tourne tous les ans et nul ne sait qui sont les autres jurés. »

Propos recueillis par Frédérique BREHAUT. Photo Yvon Loué