Adriana Karembeu, une femme sereine

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Il y a quelque chose d'étrange à échanger sur les mérites du chou avec Adriana Karembeu dans le salon cosy d'un bel hôtel parisien.

« Je ne comprends pas pourquoi les Français le rejettent. Chez nous, en Slovaquie, c'est l'aliment par excellence, la promesse de magnifiques repas, même à Noël. Vous ne verrez jamais un jardin sans un carré de choux. Mettez-vous au chou et vous comprendrez ses vertus », insiste l'ex-mannequin élevée au légume ingrat. Même ce panégyrique inattendu n'écorne pas son image sexy. C'est dire !

Drôle, avenante, Adriana Karembeu est une femme de ressources dont les centres d'intérêts ne se bornent pas à la diététique et au bien-être, sujets auxquels elle consacre un livre de conseils, « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir pour être au top et le rester » (Michel Lafon). Sa reconversion heureuse depuis qu'elle a quitté les podiums en atteste. Fidèle ambassadrice de la Croix Rouge depuis dix-huit ans, actrice, égérie, elle suit son chemin sans tapage.

Si la vedette des défilés haute-couture des années quatre-vingt-dix doit à la mode d'avoir acquis la célébrité, cette tête bien faite n'oublie pas que sa vocation première était la médecine.

Michel Cymes, le grand frère

La jeune slovaque déterminée à échapper à la violence d'un père tyrannique qu'elle baptise « la bête », cravache pour intégrer la plus prestigieuse des universités praguoises. Sur les traces de sa mère médecin nutritionniste, elle se prépare à un long cursus. « On n'imagine pas la sévérité des études en ce temps-là, dans cette université réputée, la plus ancienne d'Europe. On étudiait sans cesse, nuits comprises. Le cerveau fumait ! », plaisante-t-elle au souvenir du vocabulaire d'anatomie ingurgité en latin.

En troisième année, sa beauté radieuse repérée par un recruteur de mode lui vaut un billet d'avion pour la capitale de la mode et des jours radicalement différents. « Sans parler un mot de français je pensais que mon histoire à Paris ne durerait pas », se souvient-elle.

L'univers des défilés lui apprend à se soumettre à d'autres sacrifices que ceux imposés par l'université Charles. Celle que sa mère jugeait trop maigrichonne pour sa taille découvre les diktats du monde de haute couture. « On me trouvait trop grosse parce que je ne rentrais pas dans du 34 alors que je mesure 1,85 mètre. J'étais mortifiée lorsque je sortais dîner avec mon petit copain qui me commandait une salade quand lui avalait sous mon nez un repas normal ! C'est à cette période que j'ai commencé à m'intéresser à la nutrition ».

Pour savoir ce qu'une ligne de top modèle exige de sacrifices, Adriana Karembeu porte un regard sévère sur les critères imposés aux mannequins actuels. « On parle de ce sujet depuis des années et pourtant le culte de la maigreur empire sur les podiums. Je ne comprends pas les créateurs car ce n'est pas joli. Plus grave, les jeunes filles mettent leur santé en danger », souligne cette nostalgique des silhouettes voluptueuses de Cindy Crawford ou de Linda Evangelista.

À 45 ans, la sublime blonde assiste encore à quelques défilés, mais sa vie est ailleurs, partagée entre Monaco où elle réside avec son mari, l'homme d'affaires Aram Ohanian, et Marrakech, où le couple met la dernière main à l'hôtel de luxe qu'il s'apprête à ouvrir. « Un palais des 1001 nuits », s'enthousiasme Adriana.

Elle poursuit aussi ses aventures télévisuelles avec son complice Michel Cymes. « J'arrête de dire qu'il est comme un père, ça l'agace ! Disons un grand frère. Dès qu'il est là, je me sens rassurée. Il se montre toujours bienveillant et notre complicité est sincère. Toutes les histoires de télévision ne sont pas aussi heureuses que la nôtre ». En quête des « Pouvoirs extraordinaires du corps humain », leur road-trip dure depuis cinq ans sans un nuage. « Avec le temps, j'ai appris à m'entourer de gens qui me font du bien, que j'admire. Depuis peu, j'ai fait la paix avec mon enfance. On n'a pas toute la vie devant soi pour éliminer ce qui nous affecte ».

Le bien-être selon Adriana Karembeu se mesure à la simplicité des rapports avec autrui, à l'humour spontané dont elle use volontiers. Sans oublier le chou. « Certains aliments de mon pays me manquent. Lorsque je retourne dans ma famille, je ramène des produits introuvables en France comme les bocaux de chou fermenté ». Nobody's perfect.

Texte Frédérique Bréhaut.  Photo Denis LAMBERT