Au Louvre, toute la palette du crime

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Vous n’y avez peut-être pas prêté attention, mais les galeries du Louvre protègent des crimes en tous genres. Réels ou imaginaires, les assassinats les plus sensationnels ont de tous temps inspiré les artistes. Des céramistes anonymes de l’Antiquité à Fragonard ou Delacroix, le criminologue Christos Markogiannakis, mène l’enquête dans les salles du plus grand musée du monde, où, sans que l’on y prenne garde, le sang coule à flots. 

Il y a des glaives et des têtes tranchées, des tueries de masse et des serial-killers, des crimes édifiants et des tragédies feutrées. Qui a affirmé que les femmes préféraient le poison? 

Charlotte Corday poignardant Marat dans sa baignoire, Judith ou Salomé décapiteuses célèbres, corroborent à leur insu les statistiques du FBI qui dénombrent 23 % de crimes féminins commis à l’arme blanche contre 2,5 % d’empoisonneuses.  Riche famille que celle de ces femmes fatales qui ne sont pas toujours celles que l’on croit. Ainsi, face au tableau de Bernadino Luini, le criminologue enquêteur réhabilite Salomé. De la princesse restée dans l’histoire pour avoir servi à Hérode la tête de Jean-Baptiste sur un plateau, Christos Markogiannakis démontre qu’elle a été instrumentalisée par sa mère.  

En une trentaine de tableaux, la galerie est aussi étonnante qu’instructive. Nul cas de figure ne manque. Génocides, parricides, matricides, régicides, infanticides, jusqu’aux démocide ou tératocide (on vous laisse trouver l’explication dans le livre),  spontané ou prémédité, la gamme complète de l’assassinat répond à l’appel du criminologue amateur d’art. Un peu flic sur les bords, l’érudit accuse Thésée d’être un Dexter échappé de la mythologie. Il est vrai que la turbulente famille des Atrides a su fournir des tueurs obstinés à chaque génération. 

Sur les pas de cet homme de l’art, on découvre un Louvre de bruit et de fureur, tantôt pris dans les crimes de masse de la Saint Barthélémy ou du Massacre des Innocents, tantôt témoin d’homicides silencieux tels Hermès s’apprêtant à occire le géant Argos dans le plus bucolique des décors.

Vengeance, amour, passion, pouvoir, les mobiles galopent dans cette passionnante étude « criminartistique ». En1827, Thomas De Quincey invitait déjà à considérer l’assassinat comme un des beaux arts. Visiteur insolite du Louvre, Christos Markogiannakis parfait la démonstration.

« Scènes de crime au Louvre » de Christos Markogiannakis . Le Passage. 207 pages. 19 €. Photo Olivier Chevalier.