Bilal-Truffaz, les champs electro magnétiques

Catégorie : Regards

Le jour où il a songé à une rencontre entre Enki Bilal et Erik Truffaz, Armand Meignan, patron de l'Europa Jazz, s’est fié à une sacrée intuition. Les univers entrelacés du créateur et du trompettiste ont donné naissance à une oeuvre inclassable, symphonie graphique où la musique de l’un épouse le dessin de l’autre. Le temps d’un concert singulier, le public du Palais des Congrès s’est laissé envelopper par un spectacle qui s’élaborait sous ses yeux.

Imaginez l’univers de Bilal sur grand écran. D’abord des surfaces indécises d’où surgissent peu à peu des regards, puis des visages, selon la lecture tactile de l’artiste sur sa tablette. Le phrasé harmonieux de la trompette de Truffaz accompagne la naissance d’une humanité bientôt précipitée dans le chaos.

A l’unisson des apocalypses, les percussions hétéroclites de Dominique Mahut et les sons électro de Murcof, fusionnent avec des villes désolées, de drôles de machines, des gueules cassées et des humains broyés baignés de couleurs froides. Obsédantes, les percussions rythment des tableaux peuplés de l’étrange bestiaire de Bilal; poissons de tragédies nucléaires, chevaux à damiers et oiseaux de mauvais augure.

Face à ces mondes menaçants nommés Sarajevo ou Vukovar, les familiers de Bilal sont en territoire connu. Pourtant, les champs électro imaginés par Truffaz donnent un autre relief au propos. Car des beautés naissent sur cet Armageddon. Réchauffées par la trompette, elles annoncent un monde apaisé, où en harmonie avec le règne animal, l’humain redevient humain. Peut-être.

Reste au final une salle conquise par une oeuvre au pouvoir (électro) magnétique.

Frédérique Bréhaut

Photo Olivier Lanrivain/PO