Caroline Roux, la montagnarde de la politique

Catégorie : Caroline Roux, Rencontre

En cette riche saison électorale, la journaliste Caroline Roux anime deux émissions très suivies.

« J’ai un caractère de montagnarde. Dix ans de compétition de ski m’ont donné un tempérament bien trempé ». Et la tentation, l’hiver venu, de scruter l’enneigement des pistes. C’est dire si le slalom géant de la prochaine présidentielle grise davantage cette Iséroise qu’il ne l’intimide.

Depuis la rentrée, Caroline Roux a succédé à Yves Calvi aux commandes de l’émission « C dans l’air » sur la 5, passant du statut de joker à celui de titulaire. « Je n’en menais pas large ! Mais à l’approche d’une année électorale, une telle proposition ne se refuse pas. Entre l’interview politique dans « Les quatre vérités » le matin sur France 2 et « C dans l’air » le soir, je vis une année extra-ordinaire ».

Caroline Roux est une authentique mordue de politique. « Étudiante à Sciences Po à Grenoble, je me passionnais pour les soirées électorales. Je n’étais pas engagée, mais spectatrice attentive. J’ai toujours aimé ces moments qui dégagent de grandes forces, parfois violentes ».

Elle a encore l’âge de jouer à la marelle quand survient mai 1981. L’élection de François Mitterrand lui laisse une empreinte vivace. « J’en garde le souvenir d’un épisode incroyable. Les discussions s’échauffaient autour de Mitterrand, personnage romanesque à souhait, et de ceux affolés qui prédisaient l’arrivée des chars russes à Paris. À ce moment-là, j’ai compris le clivage droite-gauche ! ».

« Les Français aiment le débat d’idées »

La journaliste à peine entrée au service politique d’Europe 1 commence par les législatives de 1997, rendez-vous hors calendrier né de la dissolution de l’Assemblée nationale décrétée par Jacques Chirac. « Puis en 2002, mes premières présidentielles ont coincidé avec le psychodrame de ce fameux soir du premier tour quand nous avons vécu un drôle de moment devant Jospin éliminé au profit de Jean-Marie Le Pen ».

Autant dire qu’elle vit la période actuelle avec une curiosité gourmande. Avant même d’atteindre le cœur du réacteur en mai, primaires et rebondissements divers nourrissent au quotidien sa réflexion. « Ce qui se passe est vertigineux. On assiste à une accélération jamais vue et à des situations inédites. Tout est possible. C’est très excitant ! ».

Le climat général s’électrise aussi dans les frottements d’une situation internationale qui s’ingénie à rebattre les cartes. « J’étais à l’antenne le lendemain du Brexit, un événement majeur qui change la face de l’Europe. Puis, nous avons vécu les élections américaines, maintenant ce sont les primaires. Et l’imprévu qui s’invite régulièrement ».

Face à une telle abondance, Caroline Roux ordonne, décrypte. « Nos audiences augmentent tant sur France 5 que dans « Les quatre vérités ». Il suffit aussi de regarder le succès de la primaire de droite pour se convaincre que nous vivons dans un pays politique. Les Français aiment le débat d’idées, quitte à s’exalter. Encore plus à l’approche d’une élection présidentielle, moment historique. »

Pour son esprit curieux, c’est pain bénit. « Mon papa qui était coiffeur m’a beaucoup encouragée à devenir journaliste. « C’est un métier fait pour toi » me disait-il. Encore étudiante, j’ai commencé à piger pour « Le Dauphiné Libéré » puis à Radio France Isère. Par chance, Europe 1 m’a embauchée dès ma sortie de l’école de journalisme. Un Nagra, une voiture, une carte routière, et c’était parti pour un reportage. Mon goût du direct vient de cette expérience. Il reste le fil rouge de ma carrière. Je ne sais pas travailler en émissions enregistrées ».

Aux Quatre vérités, elle reçoit les politiques qui font l’actualité. « Nous entretenons des relations très saines. Chacun fait son travail à sa place. Je ne déjeune pas avec eux, et de toute façon cette habitude disparaît avec la nouvelle génération. Quant au « off » ou ce qu’il en restait, le président l’a tué, non ? »

Dans un autre exercice sur le plateau de « C dans l’air », la journaliste tient un équilibre subtil. Ni candide ni experte, elle oblige ses invités à la clarté. « Plus l’actualité est dense et incertaine, plus les gens ont besoin qu’on leur explique. » De la Syrie aux orientations de la banque européenne, de l’état des forces politiques en France à l’électorat de Donald Trump, Caroline Roux, toujours coquette jamais frivole, en bonne montagnarde ne cède pas à l’ivresse des sommets.

Frédérique Bréhaut. Photo Philippe DOBROWOLSKA. Photo plateau : Delphine Ghosarossian / FTV / SIPA