Ce que cachait Lili

Catégorie : Carole Zalberg, Roman‎, Nouveautés

La collection Babel a l’excellente idée de rééditer « Mort et vie de Lili Riviera », roman cruel dont l’écriture dépouillée cerne la brutalité du monde de l’apparence.

Bien sûr, à lire l’histoire de Liliane Rivière on ne peut s’empêcher de penser à Lolo Ferrari, jeune femme phénomène de foire dont la célébrité à la fin des années 80 se propulsait sur une poitrine hors normes.

Fruit monstrueux d’interventions chirurgicales à répétition, « l’artiste » connut la gloire éphémère des magazines people et des soirées pailletées, fortune de vent soufflée une nuit sur un cocktail de pilules et d’alcool.

Carole Zalberg s’est inspirée de cette destinée pour peindre le portrait touchant d’une jeune femme manipulée comme un jouet. Entièrement soumise à son désir de plaire, Lili Riviera est passée de la jeune fille anodine à la caricature d’une féminité disproportionnée, Vénus de pacotille bonne à émoustiller les soirées branchées de Paris avant de lasser.

Commence alors la descente aux enfers, de shows minables en prostitution à peine maquillée.

Autrefois, le terme de créature désignait les femmes aux moeurs jugées dissolues. Plus qu’une créature, Lili Riviera est une création. Celle des hommes qui l’ont entourée, depuis le compagnon souteneur au docteur Z, chirurgien qui avait trouvé en cette fille fragile un cobaye à sa démesure.

Jusqu’à obtenir cette silhouette inouïe qui donne à Lili « tout d’un cornet de glace deux boules dans sa petite jupe entravée ».

La romancière suit ce parcours pathétique où l’on voit une adolescente assez terne se transformer en une poupée boursouflée, victime consentante de ceux qui tirent profit de sa quête éperdue d’amour.

Sur un sujet si périlleux, Carole Zalberg réussit la gageure d’écrire un livre pudique. Sous son regard, Lili Riviera émouvante et vulnérable, finit dévorée par ses propres rêves. Est-il plus féroce?

« Mort et vie de Lili Riviera ». Babel. 7 €.