Dans les terres de haute solitude

Catégorie : Grasset, Melanie Wallace, Roman‎, Nouveautés

June venue de nulle part, débarque un soir dans un motel de la côte Atlantique avec son bébé et la poignée de dollars laissée par le père de l’enfant. D’abord prise sous l’aile de la propriétaire du motel, la gamine effarouchée est recueillie par Iris, une veuve étrange dont la fille unique Claire est partie dès ses 17 ans, des années auparavant. Le retour de Claire dans la ville de son enfance, perturbe l’équilibre fragile maintenu autour de June et de son fils.

Autour de ce trio de femmes solitaires, trois hommes sont à la recherche de leur place dans le monde. Il y a Sam, rentré défiguré de la guerre du Vietnam, Oldman, reporter photographe qui a suivi l’avancée des troupes américaines jusque dans l’Allemagne détruite de 1945, puis Duncan, l’avocat impassible chargé de gérer la fortune d’Iris et de sa fille.

Melanie Wallace orchestre avec maestria le ballet de ces âmes perdues.

Sam au physique mutilé et au psychisme en miettes, Oldman jamais guéri d’un amour improbable croisé dans les ruines d’une ville allemande, Duncan empesé par les conventions, campent trois générations différentes, trois façons d’affronter les désastres intimes. Le bagage de ces hommes est aussi lourd à trimballer que ceux de June, Iris et Claire.

Chacun porte son poids d’histoires douloureuses enfouies au plus profond de soi, car il faut bien continuer à vivre.

La romancière américaine saisit ses personnages au moment où ils peuvent déposer leur fardeau, se délester d’un passé qui les entrave. À la croisée de leurs chemins, cette bourgade de la côte prise par l’hiver place à chacun d’eux face à un choix crucial. Les guerres, les violences, les humiliations, les abandons, ont façonné ces personnalités opaques. Héros fragiles, ils détiennent leurs secrets, rescapés silencieux de rudes combats qui hantent leurs cauchemars.

Or, entre ces six caractères cabossés, Melanie Wallace noue des solidarités invisibles. Le fil est solide et le roman puissant. « Traverser l’hiver » est porté par autant de rage que d’espoir.

« Traverser l’hiver » de Melanie Wallace. Traduit de l’américain par Brice Mathieussent. Grasset. 300 pages. 20 €..