Denis Westhoff veille sur l'oeuvre de sa mère, Françoise Sagan

Catégorie : Françoise Sagan, Rencontre

La ressemblance est troublante. Le visage pointu, la gestuelle qui ponctue la phrase, l’attitude réservée comme suspendue au bord de l’instant et lorsqu’il parle, cette petite musique, peut-être un peu moins rapide, mais si jumelle.

Denis Westhoff, l’enfant unique de Françoise Sagan, mesure cet écho émouvant. « Cela tient à notre proximité pendant les trente années passées ensemble. Nous étions très proches, nous parlions beaucoup ».

De Françoise Sagan, tout a été dit, écrit, raconté au cinéma, tant son œuvre et sa personnalité ont marqué. « Le charmant petit monstre ». La phrase de François Mauriac lorsque « Bonjour tristesse » éclate comme un soleil est restée fameuse. Aujourd’hui encore, Sagan incarne la liberté et l’insouciance. La mémoire collective retient aussi la fin de vie tragique, lorsque l’écrivain ruinée vivait recluse en Normandie jusqu’à sa mort en 2004, laissant son fils devant une montagne de dettes cumulées auprès du fisc. Un million d’euros, dont une bonne partie de pénalités.

Un héritage toxique

Plutôt que de renoncer à cet héritage toxique, Denis Westhoff a préféré l’assumer afin de préserver l’œuvre de sa mère.

« La dette n’est toujours pas expurgée. Après avoir négocié auprès de Bercy, je ne paie que le principal mais cela représente toujours beaucoup d’argent. Je pense qu’il me faudra encore deux ou trois ans pour en finir, d’autant que mes revenus sont variables. » Il ajoute : « Les dernières années de ma mère ont été épouvantables. Elle n’avait plus un sou car les impôts prélevaient leur dû à la source chez les éditeurs. Après avoir cédé une partie de ses droits d’auteur à l’État afin de payer une dette antérieure, elle n’avait même pas 500 € par mois pour vivre. »

Denis résiste. « Le Trésor public attendait que je renonce à la succession pour s’emparer de la totalité des droits. Or je ne voulais pas que l’œuvre de ma mère soit mise à l’encan. » Soutenu par Nicolas Sarkozy, Denis Westhoff s’est engagé à payer la dette et reste l’unique ayant droit. « Je veux protéger son œuvre et son image. C’est contraignant sur le plan matériel, mais je n’ai pas besoin de beaucoup d’argent pour vivre. » Lorsqu’il glisse sur un sourire, « c’est amusant », le caractère espiègle de sa mère surgit intact.

Le socle d’une bonne éducation

De Françoise Sagan, on connaît les échappées belles, l’amie fidèle, moins la mère. « Sans être maternelle au sens ordinaire, elle était très attachée à son rôle. Elle a toujours fait attention à moi, à mon bien-être, à mon éducation. Faute de me préparer des tartines à 8 heures le matin avant l’école, car elle dormait encore, elle était très tendre et très présente. » Denis Westhoff insiste sur son éducation.

« Elle appliquait avec moi les principes qu’elle avait reçus de parents intelligents. C’était une femme remarquablement bien élevée. Elle m’a appris l’attention aux autres, ainsi que le respect des règles fondamentales qui rendent la vie agréable en société. Elle prenait sa responsabilité très à cœur afin que je sois civilisé. »

Si l’époque était moins vorace qu’aujourd’hui, Françoise Sagan célébrissime a néanmoins toujours protégé son fils des médias.

De ces années radieuses, l’ex-photographe garde le souvenir du manoir de Breuil en Normandie, acquis par Françoise Sagan au lendemain d’une soirée faste au casino de Deauville.

L’anecdote est connue. Le 8 août 1958, elle joue le 8 sur le tapis vert et empoche le pactole : 8 millions de francs dépensés dès le lendemain pour acheter le manoir.

« J’y ai été très heureux », confie Denis Westhoff. Françoise Sagan jugerait probablement que le coin de Sarthe où vit son fils manque de distractions. Pas de casino aux alentours, mais des chevreuils. Une époque est passée.

Frédérique Bréhaut. Photo Yvon Loué