Des araignées au plafond

Catégorie : Flammarion, Fred Vargas, Polar, Nouveautés

Vous connaissez les blaps ? Il n’y a que Fred Vargas pour extraire de la Création ce genre de bestioles auxquelles même Noé en son Arche n’aurait pas songé.

Laissons filer l’intrigue de ce nouveau « rompol », ainsi qu’elle baptise ses livres indéfinissables aux frontières du polar. Disons qu’après un premier crime rondement résolu par le commissaire Adamsberg, d’autres décès mettent les neurones du fameux flic en vrille. Des morts peu banales il est vrai. Les victimes succombent en chapelet à la piqûre de recluses, araignée timide dont l’activité principale consiste à se planquer. D’où son nom. Par ailleurs, le venin d’une seule recluse ne peut suffire à envoyer un adulte ad patres. Il en faut plus, bien plus. Ce mystère de la nature emporte l’imaginaire fécond de Jean-Baptiste Adamsberg.

Fidèle à une scrupuleuse précision scientifique, Fred Vargas ne déroge pas davantage aux échafaudages improbables, abracadabrants, diraient les puristes amateurs d’intrigues tirées au cordeau. Mais voilà. Chez Vargas, il y a des raisonnements qui s’effilochent, des pistes évanouies, des bribes d’histoires anciennes enfouies sous les strates de l’histoire. Sur ces territoires aux contours flous, elle fabrique des livres qu’on ne lâche pas.

L’incomparable Adamsberg, commissaire haut perché, fouille encore les méandres de sa pensée sinueuse. Le vagabondage mène du commissariat du 13e arrondissement jusqu’à Nîmes, attrape au passage Magellan en quête de son détroit, des femmes recluses dès le Moyen Âge, de sales types, le chat de la brigade roulé en boule sur la photocopieuse, une nichée de merles, des pensées qui se dispersent en bulles gazeuses, du chou dans la garbure, bref tout ce qui s’accroche à la toile du récit.

Et surtout, Danglard le fidèle adjoint, l’homme au bagage sans fond de citations, file un mauvais coton. En rébellion ouverte, il donne du fil à retordre au commissaire. Adamsberg perdu dans ses errances, se fendille. Les piqûres de la recluse et celles de son commandant n’ont pas fini de le démanger. Le lecteur lui, jubile tant les brumes du flic restent irrésistibles.

Identifiables dès les premières lignes, les romans de Fred Vargas rendent addict. Photo Astrid di Crollalanza

« Quand sort la recluse » de Fred Vargas. Flammarion. 478 pages. 21 €.