Erwan Larher après l’indicible

Catégorie : Erwan Larher, Quidam, Nouveautés

Nous n’étions pas faits pour nous rencontrer puisque je ne voulais pas lire le livre qu’Erwan Larher ne voulait pas écrire. Par crainte d’être dans la position inconfortable du lecteur voyeur face aux pages noircies par l’écrivain rescapé du Bataclan. Et pourtant. C’eut été dommage de passer à côté de l’éclairage doux et violent à la fois, de manquer ce rendez-vous avec la force de réconfort née de l’intelligence. Ni récit, ni roman. Quelle forme pouvait épouser au plus juste les contours de cette nuit infernale, si ce n’est une construction singulière? Ewan Lahrer, enlace ces heures glaciales dans l’entrelacs des souvenirs et des témoignages des amis, de la famille, des amoureuses présente, passées et à venir. L’intimement proche dans la terreur et la focale d’un choeur effaré, hors de la salle où se jouait le huis-clos assassin. Spectateur parmi des centaines d’autres du concert assailli par les terroristes, l'homme aux belles santiags fou de rock, raconte les heures interminables, le vacarme des rafales, l’odeur, le sol poisseux de sang sur lequel recroquevillé, il songe à devenir un « Caillou », réminiscence du livre de son amie Sigolène Vinson, rescapée de Charlie Hebdo. Témoin impuissant, blessé, ni héroïque ni pleutre, les sens décuplés, il devient particule inerte de cette assemblée humaine assignée à enfer.

Plus que l’histoire d’une survie après l’inconcevable, ce livre empoigne par sa sincérité et sa hauteur de vue. A la distance de l’écrit, Erwan Larher répond avec ses armes. Elles sont nombreuses; l’humour, l’empathie, l’altérité, l’intelligence de celui qui cherche à comprendre.

A lire « Le livre que je ne voulais pas écrire », on apprend aussi que le Salon du Mans, dont il est un fidèle, rend Erwan Larher amoureux. Gageons que la réciproque se vérifiera ce week-end.

« Le livre que je ne voulais pas écrire » d’Erwan Larher. Quidam.  Photo Sandra Reinflet.