Géraldine Martineau, une vie vouée au théâtre

Catégorie : Géraldine Martineau, Rencontre

Molière de la Révélation en 2016, la Nantaise Géraldine Martineau voue un amour absolu au théâtre.

Silhouette d'elfe en courte robe bustier, Géraldine Martineau recevait voici un an le Molière de la Révélation. Son interprétation d'une gamine un peu perchée dans « Le poisson belge » aux côtés de Marc Lavoine, avait bluffé. La Nantaise revient lundi soir aux Folies Bergère puisque les Molières l'ont encore repérée grâce à « Dormir 100 ans », un spectacle jeune public qu'elle a joué et un peu écrit. C'est dire si cette jolie fille a le talent constant.

« Éblouissante ». « Admirable ». Marc Lavoine ne tarit pas d'éloges sur la partenaire de ses premiers pas au théâtre et bientôt, de son premier film. C'est dire s'il a l'admiration sincère.

« Marc commence cet été le tournage de son livre né de l'histoire de son père, « L'homme qui ment ». Je jouerai Hélène, l'amante et l'amie de la famille. »

Ce personnage féminin comble l'artiste gracile, qui s'écarte désormais des rôles d'enfant. « Avec mon air hyperjeune, c'est tentant de m'enfermer dans ce registre. Longtemps, on m'a appelé « La petite ». Le caractère affectueux sous-entendait aussi un côté protecteur envers une novice que je n'étais plus. Le Molière a remis les choses en place ». Il ne faut pas confondre fraîcheur juvénile et candeur. Riche d'une expérience théâtrale impressionnante, la comédienne au regard azuré sait ce qu'elle veut.

D'ailleurs, si elle garde le secret de son âge, ce n'est pas coquetterie, mais volonté de préserver la part d'un mystère offert à tous les rôles. « Quand je pense qu'on ne m'a jamais proposé de jouer Juliette, alors que le personnage de Shakespeare a 13 ans ! J'ai du retard », plaisante celle qui rêve d'incarner les tragédies du répertoire. « Phèdre, Bérénice ! Que c'est tentant, Racine. J'ai envie de jouer des femmes. Il faut grandir ! » s'exhorte-t-elle.

La si vivace Géraldine est avide de travail, de rencontres. Sa vocation précoce n'a en rien entamé de ce bel appétit nourri dès ses 8 ans auprès de La Tribouille, une compagnie amateur nantaise à laquelle elle reste fidèle jusqu'à son envol vers la classe libre du Cours Florent à Paris. Elle a 17 ans et foi en son étoile.

« J'ai tout de suite su que je voulais jouer. Enfant, je vivais dans un monde imaginaire un peu à part. J'écrivais, je rêvais d'un endroit d'expression où je ne serais pas jugée selon la performance ou la bonne note comme à l'école. Le théâtre m'a donné ma place ». Est-ce l'éblouissement devant les folies déambulatoires de Royal de Luxe, le club théâtre du lycée Guist'hau ou bien le cinéma l'Apollo vers lequel encore gamine, elle file trois fois par semaine ? À l'âge des nattes, elle se gave de séances art et essai. « Pour quelques francs, je voyais des cycles Truffaut ou Godard, des films russes déprimants où tout le monde se suicidait à la fin ! ».

Plus tard, Nantes lui offre d'autres émotions, lorsqu'elle voit les pièces de Peter Brook ou de Benno Besson au Lieu Unique, « un endroit que j'adore, tant il est complet. »

Du Cours Florent, elle retient l'énergie créatrice, la grande liberté. Puis, au Conservatoire, elle apprend le travail, « un cadre indispensable ». L'élève douée capte l'attention. Jean-Michel Ribes lui donne son premier grand rôle dans « Musée haut, Musée bas » au Théâtre du Rond-Point. Deux ans plus tard, en dernière année du Conservatoire, elle joue Penthésilée plusieurs mois à la Comédie française, « une expérience géniale », qu'elle ne cherche pas cependant à prolonger. Le monde du théâtre est si vaste.

La preuve, Géraldine n'a jamais arrêté. Et ses proches ont compris la force de son engagement. « Mes parents m'ont toujours soutenue, pourtant, c'est le soir du Molière qu'ils ont réalisé à quel point le théâtre était toute ma vie. »

Le trophée lui a apporté la reconnaissance et plus encore. Naturelle, elle confie, « il m'a donné confiance. Les gens se sont montrés plus gentils et j'adore ça ! Ca me fait le plus grand bien ! ». Depuis, elle a joué sans cesse, écrit un monologue. Ce printemps, elle a posé ses bagages au Théâtre de la Tempête à Paris, où elle met en scène « La mort de Tintagiles », une pièce de Maeterlinck qu'elle produit et qui sera jouée à la rentrée.

Et qui sait si, lundi soir, elle ne sera pas appelée une nouvelle fois sur la scène des Folies Bergère ? Elle sourit. Elle y croit.