Guy Cogeval: « Orsay, un musée polyphonique »

Catégorie : Guy Coeval, Rencontre

A la tête des musées d'Orsay et de l'Orangerie, l’audacieux Guy Cogeval a rajeuni le temple de l’Impressionnisme né en 1986. Rencontre avec le président juste avant la fin de son mandat et sa succession confiée à Laurence des Cars.

À la direction d’Orsay depuis 2008, de quelles réalisations êtes-vous le plus fier ?

Guy Cogeval : De la rénovation des salles Impressionnistes car elle a déterminé tout le reste. Ces transformations ont prouvé que nous pouvions retrouver une grande jeunesse et en même temps, valoriser encore davantage les collections impressionnistes qui demeurent le socle d’Orsay. Et pourtant, cette politique de rénovation n’entrait pas dans mes missions. Il était entendu que j’aurais entière liberté… Sans deviner que je m’attaquerai à la grande galerie. Nous avons voulu des murs de couleur, des « bruns millevache », des rouges, afin de retrouver les atmosphères des appartements bourgeois du XIXe siècle qui était le siècle de la couleur. Le blanc tue toute peinture en dehors de l’art contemporain.

Les expositions temporaires que vous avez initiées, souvent hardies, ont attiré un nouveau public

Entre le musée d’Orsay et le musée de l’Orangerie, nous avons enregistré un pic de fréquentation entre 2012 et 2013 avec plus de 4,4 millions de visiteurs. L’exposition « Spectaculaire Second Empire » a rencontré un très beau succès (320 000 visiteurs). L’exposition « Bazille, la jeunesse de l’impressionnisme » (jusqu’au 5 mars) a permis de relancer la fréquentation dans un contexte pourtant morose.

Votre signature tient à l’audace de vos choix. Quelles expositions vous ressemblent le plus ?

« Masculin/Masculin : l’homme nu dans l’art » peut être considéré comme mon exposition testament. Elle a été compliquée à monter car j’ai choisi des œuvres difficiles. Cette exposition en a heurté certains et paradoxalement, ce sont les bourgeois conservateurs qui l’ont le plus appréciée. « L’impressionnisme et la mode », pour des raisons différentes, a aussi été difficile. Nous sommes le seul musée à oser un tel croisement des genres, à l’exemple de l’association de robes et de tableaux.

Que vous ont apporté les quatre années romaines que vous avez passées à la Villa Médicis ?

Grâce à la Villa Médicis, j’ai pu monter ma première exposition. Ce séjour m’a bouleversé. J’étais destiné à la recherche universitaire quand Rome a changé mon parcours. Je me souviens de mon émotion en ouvrant ma première caisse : elle contenait un Vuillard. L’intensité de ce moment a décidé de ma vie. Je voulais que ce saisissement revienne éternellement.

Le musée d’Orsay hérite de deux donations exceptionnelles des Marcie-Rivière et 187 œuvres cédées par le couple américain Hays. C’est grâce à votre connaissance des peintres nabis ?

En réalité, les Hays donnent 600 tableaux. Nous n’avons même pas établi encore la liste des œuvres que nous acceptons. Avec Spencer et Marlene Hays, depuis quinze ans nous partageons notre grand goût pour Vuillard et Bonnard. Ces deux peintres me relient aussi à Jean-Pierre et Zeïneb Marcie-Rivière qui donnent 140 œuvres. Je milite de longue date pour que Vuillard, Bonnard ou Maurice Denis soient considérés comme de grands peintres.

Orsay fête ses 30 ans. Quelle définition donneriez-vous de ce musée ?

Avec 250 000 œuvres (contre un million au Louvre), nous sommes fiers de l’avoir réveillé grâce à des sujets modernes. Orsay est polyphonique ! La dernière fois que nous avons accueilli une projection dans la nef avec un authentique orgue de cinéma, les murs ont tellement tremblé que ça a déclenché les alarmes. Un moment inoubliable !

Au moment de quitter la présidence d’Orsay et de l’Orangerie, vous avez le sentiment d’une mission accomplie ?

Je suis un serviteur de l’État. Ce fut un bonheur de diriger Orsay, de l’avoir rendu encore plus grand et d’avoir porté son autofinancement à 65 % ce qui est exceptionnel pour une institution culturelle. Je n’ai jamais acheté d’exposition. Les musées nationaux ne peuvent pas rivaliser avec Bernard Arnault qui fait venir la collection Chtchoukine. La concurrence est déloyale.

Quels sont vos projets ?

Je vais diriger le futur centre des peintres nabis qui sera adossé aux importantes collections d’Orsay que je ne quitte pas vraiment. Puis, je pense que je finirai ma vie en Italie, le pays de mes origines. En Toscane, au paradis terrestre, donc.

Propos recuiellis par Frédérique Bréhaut. Photo Philippe DOBROWOLSKA