La loi de la taïga

Catégorie : Belfond, Roman‎, Victor Remizov, Nouveautés

La concorde aurait pu durer longtemps encore dans le village sibérien de Rybatchi où depuis des lunes les habitants braconnent les œufs de saumon par tonnes bien pesées. En échange de 20 % des gains, la milice locale ferme les yeux sur ces trafics qui assurent la survie de la population.

En ces années 2000, la taïga façonne toujours les habitants et les lois. Jusqu’au jour où par orgueil, un milicien pris d’excès de zèle rompt la règle du jeu. En plein hiver, la traque d’un braconnier est lancée avec le renfort d’une unité d’élite venue de la capitale.

Formidable roman russe, « Volia Volnaïa » (Libre liberté) entraîne vers ces territoires immenses et hostiles où chasseurs et ours partagent les mêmes sentiers à travers les mélèzes. Dans ces espaces grandioses, plusieurs hommes animés de motivations très différentes se cherchent et s’évitent.

Victor Remizov cisèle des personnages inoubliables. Guenka le chasseur solitaire, le vieux Trofimytch, Jebrowski, riche moscovite qui vient s’offrir des sensations sans renoncer à écouter Mozart dans son isba gelée, Balabane le musicien mélancolique, Zviaguine dit « L’Etudiant », dostoïevskien en diable, Kobiak le rebelle, que sont-ils prêts à sacrifier tous, pour préserver ce en quoi ils croient ?

Remizov qui a été géomètre, journaliste, professeur de littérature, parle en connaisseur d'une société soumise à ses contradictions. Les habitants de Rybatchi ont beau être fous de leurs espaces sauvages au point de ne vouloir vivre ailleurs, ils menacent pourtant les équilibres naturels à force de pêche intensive.


Loin de Moscou, la Sibérie pense préserver sa vie marginale. C’est une erreur. À l’échelle de leur petite communauté où chacun se connaît, chasseurs et miliciens reproduisent à force de corruption les mêmes rapports de dépendance avec ce que cela suppose de compromissions. Dans ce tableau, certains échappent toutefois à la nasse du monde moderne.

Ode aux insoumis « Volia Volnaïa » possède la force des grands romans russes. Tantôt taciturnes ou sentimentaux, velléitaires, idéalistes exaltés, solitaires, les hommes de Rybatchi avec leurs forces et leurs faiblesses portent en eux les questions existentielles. Avec ce roman somptueux, le Russe interroge les idéaux. Au lecteur de trouver les réponses.

« Volia Volnaïa » de Victor Remizov. Traduit du russe par Louba Jurgenson. Belfond. 387 pages. 21 €. Photo Remizov.