La malédiction des Kennedy

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Les faces sombres de l’Amérique fournissent à Marc Dugain la trame passionnante du vrai et du vraisemblable. Détecteur des complots qui se fomentent à l’ombre de ceux qui nous gouvernent, l'écrivain a trouvé en l’Amérique des années soixante territoire fertile.

« Ils vont tuer Robert Kennedy » rouvre le dossier de la célèbre famille autour du cadet de JFK, abattu lui aussi cinq ans après son frère.

Pendant que la contre-culture fume ses derniers joints, que la guerre du Vietnam poursuit ses ravages de napalm, Robert Kennedy se résout à relever le flambeau de son aîné assassiné le 22 novembre 1963 à Dallas. En 1968, il se porte candidat à l’investiture du parti démocrate pour la Maison Blanche, conscient que cette marche vers la présidence croisera probablement celle de son assassin.

« Quelqu’un là-haut ne nous aime pas »

Le romancier insère dans la trame des faits authentiques, les recherches de O’Dugain, un Canadien professeur d’histoire contemporaine, persuadé que la mort de ses parents en 1967 et 1968 est liée aux Kennedy. Les deux enquêtes structurent ce roman palpitant où la petite histoire se faufile dans la grande, authentique et vraisemblable entremêlés.

Habile architecte, l’écrivain met à nu les structures des complots qui ont eu raison des deux frères Kennedy, addition de causes nourries aux complicités d’une administration viciée.

Car à l’ombre de la fratrie, un trio toxique tire les ficelles : Dulles (à la tête de la CIA), Hoover (directeur du FBI) et Johnson, vice-président devenu président à la mort de John F. Kennedy. Trois têtes de faux témoins, trois intrigants dans l’âme.

Au-delà de la trame serrée des complots, Marc Dugain soigne ses portraits. On découvre un Bob Kennedy maniaco-dépressif, fracassé par le meurtre de son aîné. Bobby, l’idéaliste fervent catholique, le mélancolique inconsolé, se guérit par l’action politique quasi suicidaire et par la lecture d’Albert Camus.

En août 1944, le bombardier de Joseph, l’aîné de la fratrie, explosait lors d’une mission. Lorsqu’en 1964, Ted le cadet, réchappa à un accident d’avion, Robert avait lâché ce commentaire : « Je crois qu’il y a quelqu’un qui ne nous aime pas là-haut ». Il ignorait à quel point le fatum poursuivrait les fils du peu fréquentable Joe.

Par-delà la geste des Kennedy, ce roman remarquable retouche aussi l’image idéalisée de la société américaine des années soixante.

Pendant le « Peace and Love », les officines poursuivent leurs œuvres sans entraves. « Une génération avait cru à un monde meilleur sans se donner le courage de la construire, prise en pince entre les hallucinogènes et la récupération commerciale de ses créations ».

La commission Warren pouvait maquiller sans crainte les faits du 22 novembre 1963. Officiellement, les assassins de John Fitzgerald et de son frère Robert, ne sont toujours pas désignés. S’il y a quelque chose de pourri au royaume d’Amérique, cela donne ici un sacré bon roman.

« Ils vont tuer Robert Kennedy » de Marc Dugain. Gallimard. 400 pages. 22,50 €. Photo C. Hélie. Gallimard