La tristesse de Sitting Bull

Catégorie : Albin Michel, Guy Vanderhaeghe, Roman‎, Nouveautés

Le Canadien Guy Vanderhaeghe réussit la gageure de revenir vers le western tout en réinventant le genre. 

Le 25 juin 1876 à Little Bighorn, Sitting Bull écrase le 7e de cavalerie de Custer. Une victoire au goût amer, puisque Sioux et Cheyennes regagnent finalement leurs réserves avant d’être contraints de céder leur territoire au gouvernement américain. Quelques mois plus tard, à la tête d’un peuple affamé, Sitting Bull choisit de franchir la frontière canadienne, espérant retrouver la liberté dans cette colonie de la couronne britannique.

Walsh, le commandant de la garnison canadienne la plus proche du Montana, accorde volontiers sa protection aux Indiens affaiblis menés par un chef qu’il admire. Mais à Fort Benton du côté américain, la musique n’est pas la même. Responsable de ce poste stratégique, le commandant Ilges soupçonne Sitting Bull de fomenter de nouvelles attaques depuis le Canada. Il demande à Case, un jeune homme de bonne famille et ex-officier de la police montée, de percer les intentions de Walsh. Cet idéaliste irait-il jusqu’à froisser les relations diplomatiques entre États-Unis et Canada au nom de son amitié avec le chef Lakota ? Sur les rives du Missouri, d’autres défaites et d’autres renoncements mûrissent.

Depuis « La dernière traversée », on sait que Guy Vanderhaeghe possède un souffle romanesque digne d’embrasser la geste des Grandes plaines, dimension épique et destins individuels entremêlés.

D’une égale ampleur, ce troisième roman prend des couleurs plus sombres. On connaît la fin de l’histoire et le triste destin de Sitting Bull. Mais quel panache dans la façon dont l’écrivain s’empare des mythes de l’Ouest ! Le Canadien sait à merveille habiller la précision historique d’un formidable sens du romanesque. Autour du tourmenté Wesley Case, gravitent des personnages aux tempéraments complexes. Idéalistes, aventuriers, crapules, se confrontent au tragique de l’Histoire. Il y a des trains qui sifflent dans des gares désertes, des crimes, des trahisons, des discussions sous des tipis, des reniements, autant de parts d’ombre éclairées par un amour aussi beau que sauvage.

Hommage offert à un monde qui s’effondre, le troisième roman de Guy Vanderhaeghe prend toutes les teintes du crépuscule.

« Comme des feux dans la plaine » de Guy Vanderhaeghe. Traduit de l’anglais par Michel Lederer. Albin Michel. 562 pages. 24,90 €. Photo J.-L. Bertini