La vie de Richie D.

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Le 3 avril 2012, Richard Descoings, flamboyant directeur de Sciences Po-Paris était découvert mort dans une chambre d’hôtel à New York. 

La biographie pouvait laisser craindre un voyage convenu dans l’entre-soi, entre rue Saint Guillaume, ENA, Conseil d’Etat, parcours d’excellence décoiffé au détour du Marais. Erreur. Raconté par Raphaëlle Bacqué, le turbulent Richard Descoings prend le relief d’un héros balzacien.  

Sous les habits d’un membre de la Nomenklatura française, Richard Descoings est un pirate. Parmi ses condisciples de l’ENA, peu avaient perçu sous le jeune homme insignifiant celui qui allait les doubler sur la ligne d’arrivée. « Tu es qui, toi? » s’interroge stupéfait l’un d’eux. Sourire au coin des lèvres, ce fils de bourgeois ordinaires pouvait alors commencer son ascension, mi-Rastignac, mi-Charlus.

« Daemon est Deus inversus ». Dieu et diable à la fois, Richard Descoings est un Janus, « énarque le jour, homo de minuit à l’aurore ». Après une période d’ennui appliqué dans les cabinets ministériels, il s’accorde le luxe de refuser le portefeuille de la Santé. Ce n’est pas dans les couloirs de l’exécutif qu’il va s’épanouir, mais à la tête de Sciences Po-Paris, prestigieuse pouponnière des élites de la nation.

Rue Saint Guillaume, Richard Descoings donne la pleine mesure de son tempérament.

Séducteur, autoritaire, inventif, homo notoire, il chahute l’institution. Son objectif? La régénérer et lui permettre de rivaliser avec les plus prestigieuses des universités américaines.

Le directeur a l’énergie (ô combien) et la vista. Tant pis pour ceux qui renâclent à le suivre. Ils sont virés sans autre forme de procès. « Pour être innovant, il faut être déviant » clame Descoings volontiers provocateur. Les élèves qui l’adulent à l’égal d’une rock star, le baptisent « Richie ».  Il exulte.

Dévoué à l'école, toujours en mouvement, il alterne séduction et despotisme, intuitions fulgurantes et démons noirs. Ce pirate n’aime rien tant que marcher au bord des abîmes et surprendre. Son mariage avec son adjointe, sans qu’il renonce à sa longue liaison avec Guillaume Pepy, en laisse plus d’un ébahi.

Ses frasques et surtout sa gestion sans limite usent ses soutiens. « Richie D. » devient le roi Richard. C’est le moment où le roman balzacien vire à la tragédie shakespearienne.

De ce récit tonique, on garde l’image d’un homme semblable à une goutte de mercure: brillant, puissant, toxique et insaisissable.

« Richie » de Raphaëlle Bacqué. Grasset. 284 pages. 18 €.