Laurent Le Bon: « Les jardins, une passion française »

Catégorie : Laurent Le Bon, Rencontre

Jusqu'au 24 juillet, le Grand Palais accueille l’exposition « Jardins ». Visite avec son commissaire, Laurent Le Bon

Comment exposer le jardin, art de l’extérieur par essence ?

Laurent Le Bon : Commissaire d’expositions, j’ai toujours aimé prendre les chemins de traverse. Le jardin m’intéresse depuis fort longtemps, mais restait un sujet compliqué car il s’agit d’exposer l’inexposable. Un jardin, organisme vivant, n’a pas sa place au musée. Au Grand Palais à Paris, nous empruntons d’autres voies pour montrer le côté magique de cet art.

Vous avez choisi de commencer à la Renaissance. Pourquoi ce point de départ ?

Il fallait restreindre le thème. Malgré tout, l’ensemble reste touffu avec plus de quatre cents œuvres présentées. La Renaissance accompagne la découverte du monde. C’est le temps des voyages, des découvertes, de l’importation de nouvelles espèces à l’origine des collections botaniques qui explosent. Le jardin devient planétaire. On l’organise différemment en l’intégrant au paysage qui le prolonge. L’exposition s’étend jusqu’à nos jours car je souhaitais mettre en lumière une génération de jardiniers. Depuis quarante ans, le monde entier nous envie les Gilles Clément ou Pascal Cribier.

Que nous raconte le jardin sur la société ?

Miroir du monde, il la reflète. Le jardin est politique. Il existe des jardins royaux, révolutionnaires, démocratiques, publics, philosophiques selon le Candide de Voltaire qui revient cultiver le sien. On dit que la France compte plus de dix millions de jardins. Au cours des quarante dernières années, les Français ont développé une passion incroyable pour cet art. Les jardins n’ont jamais été autant aimés qu’à notre époque. Le jardin touche aux cinq sens ce qui le rend unique dans le monde de l’art. Il est aussi un refuge dans une société qui change vite. Cette exposition au Grand Palais, montre le côté magique de cet art, qui ne peut exister sans l’intervention de l’homme ».

Votre exposition rassemble des pièces inattendues

C’est pour cela que nous l’avons intitulée « Jardins » au pluriel. Ce n’est pas une exposition prise de tête, mais une parenthèse de sérénité et de beauté. Aux côtés d’œuvres connues comme « Le Déjeuner » de Monet, ou « La Fête à Saint-Cloud » de Fragonard, sortie des appartements du gouverneur de la Banque de France, il y a des joyaux Van Cleef & Arpels, des herbiers de Paul Klee ou des objets aussi fascinants que les fleurs de verre des Blaschka, père et fils. Devant cet exceptionnel herbier en verre venu d’Harvard, on touche à l’éternité. Il témoigne d’une telle perfection dans l’art du détail !

Qu’est-ce qu’une exposition réussie ?

C’est celle que l’on veut recommencer ! « Jardins » est une production semblable à celle d’un film. Une centaine de personnes ont travaillé pour qu’avec les deux autres commissaires, le botaniste Marc Jeanson, responsable de l’herbier du Muséum national d’histoire naturelle et la conservatrice du patrimoine, Coline Zellal, nous puissions raconter cette histoire. Prenez mille personnes et vous aurez mille regards différents. Avec les visiteurs, nous écrivons un récit ensemble. La rencontre entre le public et une exposition ressemble à un précipité chimique. C’est toujours merveilleux quand il se produit.

Vous être celui qui a invité Jeff Koons puis Murakami à Versailles. Êtes-vous un provocateur ?

Mon métier consiste à partager, à montrer des œuvres. Jusqu’à ce rendez-vous au château de Versailles, Koons n’avait jamais été exposé dans une institution. Or ses sculptures répondent à la folie versaillaise. Ceux qui ont aimé étaient ravis. Ceux qui n’aimaient pas avaient une consolation : c’était temporaire ! Ma prochaine exposition s’ouvrira au Palais de Tokyo à Paris le 12 juin. Elle raconte l’histoire des dioramas, procédé inventé par Louis Daguerre, l’homme du daguerréotype, ancêtre du cinéma. Encore une exposition impossible car ces mises en scène sont très fragiles !

À la tête du Musée Picasso à Paris, vous accueillez l’exposition dédiée à Olga Picasso. Et ensuite ?

À ce poste depuis un peu plus de deux ans, j’exerce un métier de passion. Je viens de lancer « Picasso et la Méditerranée », soit une soixantaine d’expositions. La première se déroulera à Rabat au Maroc. Nous célébrerons aussi au musée Capodimonte de Naples le centenaire du premier voyage du peintre en Italie. Enfin, en France, je veux que Picasso irrigue le territoire. Nous prêterons ainsi une œuvre au Musée des Beaux-Arts de Nantes pour fêter sa réouverture en juin.

Propos recueillis par Frédérique BREHAUT. Photo Denis LAMBERT.