Le temps du désenchantement

Catégorie : Jay McInerney, L'Olivier, Roman‎, Nouveautés

Après l’insouciance des années quatre-vingt qui électrisait « Trente ans et des poussières « (1992), le choc du 11 septembre 2001 au cœur de « La Belle vie » (2007), Corrine et Russel Calloway, le couple fétiche de Jay McInerney est enfin de retour. Les deux New-Yorkais entrent dans la cinquantaine et Obama en campagne pour la Maison Blanche.

Russel a fondé sa maison d’édition, Corrine a quitté Wall Street pour travailler auprès d’une association caritative. L’un mise sur un jeune auteur du Sud, l’autre retrouve Luke, l’amant furtif rencontré à la soupe populaire de Ground Zero.

Le 11 septembre n’a pas dépouillé le monde des Calloway de son vernis. Les galas de charité où croisent des blondes anorexiques, alternent avec les week-ends chics dans les Hamptons, l’immobilier flambe à Manhattan et la loi de l’apparence dicte les usages. Il faut paraître belle et encore jeune malgré l’âge, riche malgré le portefeuille aminci, heureux même si on ne l’est pas vraiment. Parfois, les mariages résistent à l’ennui ou à la tentation. Nul n’est dupe mais ainsi va la vie dans les quartiers branchés de New York.

Les fêtards d’hier pleurent les nuits assagies par le passage du temps. « On ne savait pas que c’étaient les années 80. Personne ne l’a dit avant 87, et à ce moment-là, c’était déjà presque du passé » déplore l’un des personnages des « Jours enfuis ». Les lumières de « Bright Lights, Big City » ont perdu de leur intensité et le Chelsea Hotel n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut. Dans ce climat instable et bien plus profond qu’il n’y paraît, le couple Calloway éprouve la solidité du lien conjugal.

Jay McInerney reste le magistral chroniqueur de New York et des états d’âme d’une société désenchantée en quête de nouveaux mythes. Passent les ombres de Fitzgerald, de Pollock, de Burroughs ; passent les années. Brillant, caustique, l’Américain donne du mordant à la mélancolie. Manhattan est désormais « un sourire auquel il manque deux dents ». L’élégance de l’écrivain McInerney, elle, est intacte.

« Les jours enfuis » Jay McInerney. Traduit de l’américain par Marc Amfreville. L’Olivier. 495 pages. 22,50 €. Photo Patrice Normand