Les 24 heures du Mans, drames et gloires mêlés

Catégorie : Regards

Endeuillée par l’accident d’Allan Simonsen, l’édition des 90 ans des 24 Heures du Mans disputée devant 245 000 spectateurs, a rappelé la dimension humaine d’une épreuve hors-normes.

On pensait que ça n’arriverait plus, que la mort d’un pilote sur le circuit manceau appartenait à une époque révolue.

Depuis 27 ans, on tenait pour acquis une liste de vingt noms close sur les accidents de Jo Gartner en course en 1986 puis de Sébastien Enjolras lors de la journée test de 1997.

Un sport dangereux

Jusqu’à Allan Simonsen samedi, on avait oublié au Mans que les 24 Heures restent un sport à risque. Les progrès phénoménaux accomplis ces dernières années n’ont pas sauvé le jeune Danois. Les trois envols des Mercedes en 1999, dont le périlleux salto de Weber sur la bosse de Mulsanne, sans oublier le spectaculaire accident d’Allan McNish en 2011, laissaient croire qu’une bonne étoile veillait sur le circuit du Mans. Samedi à 15 h 09, elle brillait ailleurs, soufflant une vie en même temps que sur l’esprit léger de la fête des 90 ans. Les mécaniques ont beau atteindre des performances inédites, Le Mans reste une histoire d’hommes, gloires et drames mêlés.

L’onde de choc a mis du temps à se propager jusqu’au public qui redécouvrait avec stupeur que le péril entre aussi dans la mythologie des 24 Heures. « On a trop oublié que le sport auto est dangereux », répétaient d’une voix égale Henri Pescarolo et Jacky Ickx. Les pilotes n’ont jamais été des trompe-la-mort. Toutefois, ils savent que cette part obscure tient aussi son rang dans leur passion.

Samedi soir, à l’heure du concert d’Earth Wind and Fire, la foule énorme massée au pied de la tribune Dunlop oubliait la tragédie écrite au Tertre-Rouge quelques heures auparavant. À une centaine de mètres, la ronde des 24 Heures se poursuivait, regard du public braqué sur le duel Audi-Toyota. « C’est la vie », résume Dindo Capello, triple vainqueur de l’épreuve.

La suite appartient à la légende du Mans. Aux premières heures du dimanche, la ferveur se mesure toujours de la Dunlop jusqu’à la ligne des stands. Ils sont là, crasseux, recrus de fatigue, sentinelles vaillantes happées par le spectacle, foule cosmopolite réunie par les bagarres des dernières heures et par quelque chose de plus grand. Cette magie des 24 Heures qui avait attiré Allan Simonsen. Ça s’appelle la passion. Au Mans, elle est à l’image de la course : surdimensionnée.

Frédérique BRÉHAUT

Légende photo: Depuis 90 ans, les 24 Heures résistent aux drames qui les ont endeuillées. Ni les tragédies ni les crises n’ont eu raison de la ferveur des dizaines de milliers de passionnés qui viennent sur le circuit chaque année.Photo « Le Maine Libre », Hervé Petitbon.