Les beaux butins du festival Étonnants Voyageurs

Catégorie : Regards

La démocratie est en crise ? « La littérature n’en est que plus urgente » répond Michel Le Bris, capitaine du Festival Étonnants Voyageurs qui accoste ce week-end à Saint-Malo.

Fidèle à sa nature tempétueuse, le festival ouvert sur le monde, reste ce creuset où les littératures d’aujourd’hui crépitent, dérangent, questionnent. Depuis trente ans, le rendez-vous imaginé par Michel Le Bris prend nos interrogations à bras le corps. Plus le monde est chaotique, plus les libertés vacillent, et plus ces rencontres riches de débats s’avèrent nécessaires. De l’appel de Patrick Chamoiseau face au tombeau de la Méditerranée lourd de milliers de migrants, à Hakan Günday, figure montante de la littérature turque, ou à  l'Algérien Kamel Daoud, des voix puissantes interpellent. Également invités, Michel Serres, Edgar Morin, Mona Ozouf ou Patrick Boucheron, apporteront eux aussi cette hauteur qui permet de mieux cerner les méandres d’un monde complexe. Où en est l’Amérique de Trump ? Les regards croisés de Russel Banks, James McBride et David Treuer donneront quelques lumières sur les tensions nées de l'ère post-Obama.

Voyageur toujours, comme son nom l’indique, le festival malouin reste cet indocile battu par les flux et reflux venus des lointains. Entre Palais du Grand Large et École de la Marine Marchande, les enfants de Nicolas Bouvier et de Bruce Chatwin sont ici chez eux. Place aux vagabonds jamais rassasiés d’ailleurs, tels Sylvain Tesson, Erik Orsenna ou Cédric Gras; aux révoltés, tels Raphaël Glucksman ou Gérard Mordillat; aux rêveurs tel Gilles Lapouge.

Entre hommages à Prévert et Rimbaud, expositions, documentaires, concerts, les Étonnants voyageurs stimulent et réjouissent. Trois jours ne sont pas de trop pour puiser dans ce butin amassé chaque Pentecôte dans la cité corsaire, et qui chaque année attire plus de 60 000 personnes 

Festival Étonnants voyageurs du 3 au 5 juin à Saint-Malo. 

Frédérique BREHAUT