Les enfants du rock façon Despentes

Catégorie : Grasset, Roman‎, Virginie Despentes, Nouveautés

"La vie se joue souvent en deux manches : dans un premier temps elle t’endort en te faisant croire que tu gères, et sur la deuxième partie, quand elle te voit détendu et désarmé, elle repasse les plats et te défonce ».

Vernon Subutex est à l’attaque de la phase deux. Le disquaire emblématique à l’enseigne de « Revolver » est balayé par la dématérialisation de la musique. Fin du disque, fin des affaires. Rideau. Expulsé par un huissier, il sauve du désastre un iPod, la correspondance de Boukovski et quatre heures d’enregistrements inédits de son pote le chanteur à succès Alex Bleach, mort au sommet de sa gloire.

Vernon le désinvolte, adopte la stratégie du coucou. En maraude dans le vivier de ses amis Facebook, il cherche celui - ou le plus souvent celle-, susceptible de l’héberger. En un rien de temps, l’existence peinarde de cet enfant du rock des années 80 et 90 a basculé. Au bord du vide, presque SDF, il découvre la précarité.

Autour de Vernon Subutex, Virginie Despentes orchestre une sarabande électrisée. Les ex-stars du porno se sont assagies ou écrivent des livres, les soirées où on se massacre les sinus réunissent le gratin des gloires éphémères, de jeunes gamines cherchent leur identité sous un voile. Riches ou dans la dèche, ses personnages trimbalent des paquets d’aigreurs, de certitudes ou d’angoisses. Quand tout va si vite désormais, le temps n’est plus à la compassion.

À cette aune, les années d’avant Facebook et les hachstags remontent au pliocène. Place désormais à une époque où une troll spécialiste du lynchage médiatique, est capable de réduire en poudre une réputation, un film, un acteur, selon la commande.

Dans ce maelström romanesque en diable, Vernon Subutex tient le premier rôle, ballotté par sa douce dérive d’un univers à un autre, sans se douter que les confessions d’Alex Bleach suscitent l’intérêt.

Le roman cogne, porté par un phrasé vigoureux et un humour rageur. Rien n’échappe à Virginie Despentes dans cette fresque sans concession des mutations de la société française. La romancière rebelle dompte sa colère pour composer cette chronique sociale relevée d’un zeste de polar.  Le résultat est addictif comme une bonne série. Le tome 2 de cette trilogie est prévu en mai.

« Vernon Subutex. Tome I » de Virginie Despentes. Grasset. 398 pages. 19,90 €.