Les rêves de pierre d’Emmanuel Debarre

Catégorie : Emmanuel Debarre, Regards

Depuis 1998, son Jacques Tati silhouette de parenthèse ouverte sur l’Atlantique, scrute l’océan du haut de son belvédère de Saint-Marc-sur-Mer. Pourtant, ce fameux bronze à la pipe n’est qu’un fragment du travail d’Emmanuel Debarre.  On lui doit aussi « Repons », sculpture de la faculté de Lettres d’Angers et des œuvres disséminées entre Beaubourg ou Nice, des expositions de Rome à New York.

Quarante-cinq années de recherches tendues vers un seul but, « la quête du réel par l’intermédiaire du rêve », se racontent cet été à l’Odyssea de Saint-Jean-de-Monts (Vendée). 170 oeuvres, dont quelques quatre-vingts sculptures témoignent de l’obstination du créateur.

A 17 ans, fasciné par « le sens vital de l’oeuvre faite », Emmanuel Debarre se paie d’audace au point d’aller vers Giacometti qui l’accepte dans son atelier où il restera plusieurs semaines.  « Il ne m’a dit ni au-revoir, ni adieu, mais « N’oublie jamais petit, il faut travailler sans cesse et se remettre en question à chaque instant. » ». La leçon a porté.

Dix ans plus tard, résidant à Rome, le jeune artiste entrevoit un jour par la porte entrebâillée de l’église Santa Maria della Vittoria, un rai de lumière vertical modelant un fragment de la Sainte Thérèse d’Avila du Bernin. Ce sera une révélation, l’alpha et l’omega d’une oeuvre tournée vers la science du voile épousant le corps et vers l’art de la disparition. « Tout mon travail futur découlerait du montrer ou taire, de l’ultra nudité des corps drapés de linges ».

Sur ce chemin, la pierre sera son alliée. Marbres noirs des Ardennes belges aux reflets de jais sous le polissage, bleu de l’azul Bahia du Brésil « qu’il faut adoucir, non polir car le brillant le rend détestable », granites gris du Labrador, traduisent la verticalité initiale entrevue à Rome. Plus tard, viendront les transparences joueuses des altuglas, avec toujours, ces courbes, ces creux.

Obstiné, Emmanuel Debarre le sait. « Il faut rester serein devant l’entêtement des pierres à rester ce qu’elles sont ». Pendant toutes ces années sous sa main elles ont donné corps à une oeuvre dont la cohérence et la puissance se lisent dans cette exposition.

Et lorsqu’il interrompt le dialogue avec le minéral, Emmanuel Debarre peint des roses épanouies. Sous les bleus, les verts, les roses aussi, affleure un fil d’or. Celui qui relie l’artiste revenu vers sa Vendée natale à l’Italie du Bernin. La boucle est bouclée.

Exposition chaque jour jusqu’au 31 août de 10 heures à 19 heures à l’Odyssea de Saint-Jean-de-Monts. Entrée gratuite.