Marseille vaut bien une messe

Catégorie : Jean Contrucci, Roman‎, Nouveautés

Le roman historique est genre exigeant. Il demande une précision qui ne soit pas sentir son cuistre et emporter le lecteur vers le passé sans que les pages sentent la poussière. Alexandre Dumas a placé haut la barre.

Après nous avoir régalé de la série des Nouveaux Mystères de Marseille, enquêtes d’un reporter des années 1900, Jean Contrucci rompt avec l’esprit feuilletonesque sans renoncer à sa chère ville, héroïne de chacun de ses livres.

Il est vrai que Marseille, jamais avare en tumultes, fournit un matériau inépuisable à celui qui connaît son histoire jusque dans ses moindres replis, des épisodes les plus tortueux aux frondes les plus flamboyantes. Muni de cet éventail chatoyant, Jean Contrucci agite les tourmentes de la fin du XVIème siècle, quand loin de Paris où l’on panse encore les blessures de la Saint-Barthélémy, Marseille se rebelle contre Henri IV.

L’ancien roi de Navarre qui a abjuré sa foi protestante (« Paris vaut bien une messe »), affronte malgré tout le parti des Ligueurs, catholiques acharnés qui le considèrent toujours comme un parpaillot. Tandis que les guerres de religion déchirent le royaume, Marseille dressée contre les huguenots s’offre entre 1591 et 1596 au très opportuniste Casaulx. Le consul autoproclamé est prêt à nouer des alliances avec Philippe II d’Espagne afin de contester l’autorité royale du Béarnais. 

Dans ce contexte agité, le chevalier Thibault de Cervières, débarque du navire d’un pirate barbaresque qui l’a retenu captif en Alger pendant dix ans. Le Marseillais retrouve sa ville sans la reconnaître. Les repères de son enfance sont évanouis. Sa famille comme ses biens ont disparu et la cité passée aux mains d’un dictateur n’enrichit que les forbans.

En un tournemain, Jean Contrucci ressuscite une parenthèse historique riche de sens. Dans Marseille où un ambitieux rêve de fonder une République indépendante à la façon des cités italiennes, des enjeux éternels infusent.

Le tout est mené de taille et d’estoc aux basques d’un héros ardent et de seconds rôles solides. De l’audace, des coups du sort, des pirates, des traîtrises, rien ne manque à cette fresque trépidante qui s’honore avec le port de Marseille (pas encore Vieux alors), du plus beaux des décors. Quel souffle chez Jean Contrucci, digne héritier de Dumas quand il s’agit d’emporter ses lecteurs au grand galop.

« La ville des tempêtes » de Jean Contrucci. HC Editions. 410 pages. 19 €. Photo Théo Orengo.