Michel Bussi: " Avoir autant de lecteurs me stimule "

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Avant Livre Paris ce week-end, une rencontre avec Michel Bussi, deuxième écrivain le plus vendu en France

Le Salon du Livre de Paris attire plus de 150 000 visiteurs. Comment vivez-vous cet événement ?

Michel Bussi : « Comme une grande fête des auteurs et des éditeurs, à la fois destinée au public et aux professionnels. Livre Paris a aussi ce côté spectacle, avec les célébrités autour desquelles on se presse pour faire des photos. Cela fait partie du jeu. Le rendez-vous est incontournable mais j’avoue préférer le cadre plus chaleureux des librairies ou des salons de province où les échanges plus intimes laissent davantage de place à la sincérité et à l’authenticité. »

Vous voici promu deuxième écrivain le plus lu de France derrière Guillaume Musso. Plus d’un million de livres vendus à chaque roman, ça stimule ou ça intimide ?

« Le rêve va bien au-delà de ce que j’espérais ! Jamais je n’aurais imaginé atteindre ces chiffres de vente. On n’écrit pas pour soi, donc quand le public aime ce que vous proposez, une énergie formidable vous parvient. Le temps de l’écriture est celui de la solitude avec son imaginaire. On ne sait jamais comment un livre sera accueilli. Alors, quand les lecteurs vous suivent, c’est très stimulant. En fait, je mesure ce succès lors des rencontres avec le public. Je suis toujours ému par ce qui lie un lecteur au roman qu’il a aimé et par la façon dont il en parle. Une fois que nous parvenons l’un et l’autre à vaincre nos timidités respectives, c’est touchant de sentir à quel point quelqu’un a été sensible à votre univers. L’échange est très intime. Enfin, cette large audience m’offre une grande liberté dans mes choix. Le succès est un euphorisant puissant ».

Comment considérez-vous l’art romanesque ?

« L’écriture reste un divertissement. Je ne me vois pas dans la posture du « grand-écrivain ». Loin de la sacralisation, je souhaite avant tout m’amuser, emmener les gens hors de leur quotidien. À aucun moment je n’ai visé la postérité. Restons humbles. Un auteur qui se prend au sérieux m’ennuie, donc je ne vais pas endosser le rôle de celui qui assène des vérités. Pourtant, faire simple tout en allant vers l’essentiel ce n’est pas si facile. Depuis son atmosphère jusqu’à son déroulement, j’ai toujours en tête l’histoire que je souhaite raconter. Ensuite, le chemin pour parvenir à l’effet recherché est plus douloureux. Je peux recommencer souvent. La littérature populaire a sa grandeur et enfant j’ai été marqué par des auteurs comme Jules Verne, René Barjavel ou Marcel Aymé. »

Ils ont réveillé l’écrivain qui sommeillait sous le professeur d’université ?

« Je dois l’influence initiale à « Un long dimanche de fiançailles » de Sébastien Japrisot. Toutefois, mon premier roman assumait un pastiche du « Da Vinci Code » de Dan Brown mêlé à un hommage à Maurice Leblanc. « Code Lupin » jouait ainsi sur le genre du polar ésotérique avec la fibre normande à laquelle je tenais. Je me suis beaucoup amusé à repérer les lieux. Or ce premier livre a plu. J’y ai vu un encouragement. Puis il y a eu le succès des « Nymphéas noirs » inspiré par Claude Monet à Giverny. Ce livre cartonne toujours à l’étranger, notamment en Grande-Bretagne. »

De quel milieu venez-vous ?

« Un milieu simple d’une petite ville industrielle de Normandie. Nous étions trois enfants. Ma mère était institutrice et mon père, comptable, est décédé lorsque j’étais très jeune. La célébrité, nous voyions ça de loin ! En revanche, j’ai grandi dans la proximité des livres de la bibliothèque et du goût de la lecture. »

Vous avez quitté votre poste d’enseignant-chercheur en géographie politique à l’université de Rouen. Par désir de vous consacrer uniquement à l’écriture ?

« Je me suis mis en disponibilité en septembre dernier avec le sentiment d’avoir accompli à l’Université ce que j’avais à faire. Pendant toutes ces années, ce fut intéressant d’étudier le portrait politique de la France, l’influence des cultures sur les votes. Maintenant, succès aidant, je vais prendre le temps d’écrire davantage. J’ai commencé assez tard en étant publié après 40 ans alors que j’avais déjà une foule de romans en tête. J’ai donc vingt années de frustrations à rattraper… »

Propos recueillis par Frédérique BREHAUT. Photo Hervé Petitbon.

"Le temps est assassin" de Muchel Bussi aux Presses de la Cité.