Parfum de femme au Japon

Catégorie : Didier Decoin, Roman‎, Stock, Nouveautés

Les kamis, ces esprits dont la légende affirme qu’ils sont 800 000 au Japon, veillent à n’en pas douter sur le nouveau roman de Didier Decoin. De la première à la dernière ligne, « Le Bureau des Jardins et des Étangs » est un enchantement.

Inspirée par le Japon du XIIe siècle, voici l’histoire de Miyuki, en route vers la capitale lointaine. La jeune femme dont le mari pêcheur s’est noyé, le remplace pour livrer les plus belles carpes destinées aux étangs du palais impérial. L’honneur et la survie économique de la petite communauté villageoise dépendent du succès de son voyage.

Au cours de cette longue marche, les épaules sciées par le poids des deux vasques contenant les poissons, Miyuki frôle bien des périls. On la prend pour une empileuse de riz (terme pour désigner les prostituées), des moines filous profitent de sa candeur, son chargement exige des soins constants pour parvenir frétillant jusqu’à Nagusa, le directeur du Bureau des Jardins et des Étangs. Mais elle avance, vaillante, escortée par le souvenir de Kasturo le mari tant aimé.

Si Didier Decoin dévoile sa fine connaissance du Japon tant l’érudition pétille à chaque page, il laisse aussi libre cours à une sensualité folle. Son amoureuse bienveillance enveloppe son héroïne de biens d’autres égards et de quelques odeurs tenaces. Miyuki l’obstinée atteint ainsi sa destination avec ses carpes et son parfum corporel. Or le second intéresse encore davantage Nagusa que les premières.

L’écrivain qui aime tant les femmes, donne à ce grand roman d’amour entre un pêcheur et son épouse, la dimension d’un mythe. L’étrangeté, compagne de route, s’invite sous les formes les plus poétiques comme ce ballet entraînant des grues et la veuve dans une chorégraphie sauvage.


Rien de moins glacé que cette estampe japonaise parcourue de désirs, de fluides, d’arômes emprisonnés sous les tissus, incrustés dans les peaux. L’élégance du Japon éternel peint par Hiroshige croise des scènes plus abruptes sans renoncer à des raffinements aussi inouïs qu’un concours de parfums.

Méditation sur l’amour et l’impermanence, « Le Bureau des Jardins et des Étangs » invite le beau à chaque page, présence aussi essentielle que le fantôme protecteur de Katsuro.

« Le bureau des Jardins et des Étangs » de Didier Decoin. Stock. 388 pages. 20,50 €.

Illustrations: Takajo Mitsuhashi et Maruyama Okyo