Quand Pagnol aimait le moulin d’Ignières à Parcé-sur-Sarthe

Catégorie : Pagnol, Regards

Voici 120 ans, le 28 février 1895, Marcel Pagnol naissait à Aubagne. Or, le plus Marseillais des écrivains et cinéastes français fut de 1930 à 1944 le propriétaire d’un moulin sur les bords de Sarthe.

Que reste-t-il de Marcel Pagnol dans ce paysage? Quelques photographies sépia, son premier film, « Le gendre de Monsieur Poirier » tourné aux alentours de Parcé-sur Sarthe en 1933, son nom partagé entre le collège de Malicorne et une rue de Parcé, et les souvenirs évanescents des blondes Kitty Murphy et Jacqueline Pagnol.

« Un coin enchanteur »

L’attachement de Marcel Pagnol à la Sarthe tient à sa rencontre avec un producteur parisien propriétaire du château de Dureil. Pagnol, dont les amours avec la comédienne Orane Demazis, (future « Fanny ») s’effilochent, cherche la discrétion pour abriter sa liaison avec Kitty Murphy, une jeune danseuse anglaise. Le Moulin d’Ignières offre la quiétude nécessaire, loin des commérages parisiens. Illustre depuis le succès de sa pièce « Marius » jouée en 1929, Pagnol trouve aussi sur les bords de la Sarthe un endroit qui l’inspire. Très fier de cette bâtisse édifiée vers 700 par les moines de La Couture, le dramaturge y reçoit quelques proches.

Son premier film tourné à Parcé

En 1933, l’écrivain célèbre s’essaie au cinéma. Il tourne son premier film dans le décor bucolique des environs de Parcé. « Le gendre de Monsieur Poirier » fixe sur la pellicule le moulin, mais encore le proche château de la Taronnière ainsi que la ferme de la Courjartière.


Les alentours accueillent l’équipe de tournage. En 1995, Jean Pinault, le fils des propriétaires de l’Hôtel de la Lune à Parcé, évoquait les grandes tablées. « Tous les jours on fonçait pour regarder les prises de vues au milieu des figurants et des machinistes. Chaque jour à 11 heures mon père partait avec le ravitaillement pour toute l’équipe du film » raconte-t-il.

« Je chasse, je pêche, je lis… »

Depuis sa thébaïde, Pagnol écrit à un ami : « Je me suis retiré à la campagne. Je chasse, je pêche, je lis, j’écris, et surtout je travaille à mettre au point un moteur nouveau que j’ai inventé ». Bricoleur doué, le méridional a décelé les possibilités de ce moulin à blé vendu avec son outillage complet. « Je suis en vacances sans l’être. Si je viens dans ce petit coin enchanteur de la Sarthe c’est surtout pour être tranquille et me reposer de la vie trépidante de la capitale ce qui ne m’empêche pas de travailler à de futurs films et de bricoler ce vieux moulin » confiait-il. Pendant la guerre, dans ce refuge paisible, il remet en état la roue à aube afin d’alimenter le moulin en électricité et ainsi brancher la radio. C’est à Ignières que Marcel et Jacqueline Pagnol (entre-temps la jolie Kitty a quitté la scène) apprennent le Débarquement le 6 juin 1944.

Marcel Pagnol avait conquis les gens du coin. « Il émanait de lui une telle gentillesse, une si franche simplicité que je me sentais parfaitement à l’aise tandis qu’il reprenait son travail dans sa forge », écrivait Georges Martineau du « Maine Libre ».  Lors de cet entretien Marcel Pagnol promet: « Désormais, je ne tournerai plus que des films en couleur, car on va être bientôt inondé de productions américaines en « pâtes de guimauves » ».

« La belle Meunière » sorti en 1948 sera en effet un des premiers films français en couleur. Toutefois, contrairement à ce qu’avait envisagé Pagnol, il ne sera pas tourné en Sarthe. Car entre-temps, le moulin d’Ignières avait changé de propriétaire.

Avec Jacqueline Pagnol, sa dernière épouse qui sera sa "Manon" dans "Manon des Sources", Marcel Pagnol aimait à retrouver le moulin d’Ignières. Photo archives « La vie mancelle et sarthoise »

Frédérique Bréhaut