Qui a tué Roland Barthes?

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Goncourt du premier roman avec "HHhH" en 2010, Laurent Binet signe le roman le plus savoureux de la rentrée. 

Ce n’est pas un hasard si Laurent Binet invite Umberto Eco dans son histoire. Ceux qui ont aimé jadis « Le nom de la rose » savoureront chaque page de « La septième fonction du langage ». Imaginez la même vivacité, les mêmes audaces dans l’alliage des genres littéraires avec de surcroît le piment d’un humour parfois potache, et vous aurez une petite idée des délices promis.

Ici, nulle abbaye médiévale mais la France de 1980, photographiée aux prémisses du duel des présidentielles entre Giscard d’Estaing et Mitterrand. Le 25 février, en sortant d’un déjeuner avec le premier des socialistes, Roland Barthes est renversé par une camionnette. Il meurt peu après cet accident. Sur ce socle authentique, Laurent Binet échafaude des hypothèses criminelles. Reste à deviner pour quel motif on a assassiné l’emblématique sémiologue. L’enquête est confiée à Bayard un commissaire ricaneur qui n’aime pas les intellos. Il va être servi puisque le dossier le mène vers la crème de ces années quatre-vingts, la galaxie Sollers, Kristeva, BHL, Derrida, Lacan, Foucault, Althusser … D’où la nécessité de recruter Simon Herzog, jeune intellectuel pêché à la fac de Vincennes. Il sera son guide dans les arcanes de la sémantique et du milieu intellectuel parisien. 

Sur cette trame, Laurent Binet fait feu de tout bois. De Paris à Venise en passant par Bologne et les Etats-Unis, la poursuite de la vérité entraîne le tandem Bayard - Herzog sur la piste du Logos Club où les rhéteurs s’affrontent à leurs risques et périls.

Ca frétille à chaque page. Quand Laurent Binet invite à la table de Mitterrand ou à celle du couple Kristeva-Sollers, il sert des pages d’anthologie. De la BD aux épisodes rocambolesques, il entrecroise les genres avec un plaisir de galopin. Surgissent ainsi des Bulgares sur le modèle des Dupond/t chers à Hergé ou les champions de la terre battue puisque le romancier saute allègrement du Collège de France à Roland-Garros. Et bien évidemment, l’emblématique DS de l’auteur de « Mythologies » croise dans les parages.

Avec autant d’esprit que d’humour, l’écrivain virtuose salue le pouvoir du langage et de la littérature. Voilà bien le plus jubilatoire des romans de la rentrée.

« La septième fonction du langage » de Laurent Binet. Grasset. 495 pages. 22 €.