Toxique comme un roman anglais

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Il est l’auteur comblé d’« Autobiographie d’une courgette », devenu « Ma vie de courgette », film d’animation dont le succès après deux César, a ricoché jusqu’à Hollywood.

De livre en livre, Gilles Paris tend l’oreille aux enfants abîmés dont la sensibilité aiguisée sait si bien capter les fêlures des adultes. À 14 ans, Marnie est de cette encre, plutôt sombre.

Un peu chipie, Marnie adolescente insolente et sauvage, sait se faire oublier. Quand elle n’est pas à défier l’abîme au bord des falaises de l’Île, elle laisse venir vers elle les secrets d’une famille aussi opaque que sa demeure est transparente. Quelle maison que celle-là ! Personnage à part entière, Glass House, construction audacieuse de verre et d’acier, a été bâtie par Aristide, le grand-père architecte de Marnie.

À Glass bat le cœur des Mortemer, famille fortunée où les femmes apprennent la solitude. Olivia la grand-mère, Rose la belle-fille, Marnie la sauvageonne, et Prudence la sombre gouvernante, sont les dernières résidentes depuis que Luc, le père de Marnie, a précipité sa voiture de sport dans le vide et qu’Aristide, le grand-père, a succombé à une crise cardiaque.

Au gré des confessions successives des Mortemer et des rares insulaires qui les approchent, se dessine une histoire trouble. Entre femmes obstinées et hommes déchus, Gilles Paris compose un bouquet vénéneux au parfum anglais entêtant.

D’Agatha Christie, il a le sens de l’intrigue dont les ressorts bien dissimulés se révèlent à la fin. À Daphné du Maurier, il emprunte les sortilèges d’une maison où glisse la silhouette d’une gouvernante silencieuse et quelques fantômes.

À proximité du continent, l’île battue par les tempêtes résiste aux affronts dans le silence de secrets qui ne se murmurent que dans les confessionnaux ou à l’oreille du médecin. L’histoire d’Olivia, Rose, Marnie, tend « un fil ténu sur lequel on aurait glissé trois perles rares ».

La grâce d’une enfant farouche grandie trop vite ajoute au charme de ce roman.

« Le vertige des falaises » de Gilles Paris. Plon. 240 pages. 16,50 €. Photo Bruno Klein