Un cœur simple en Irlande

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Ne comptez pas sur Donal Ryan pour entretenir le mythe d’une Irlande bucolique et chaleureuse. Son portrait de Johnsey Cunliffe montre les aspérités une société rurale d’autant plus dure, âpre au gain, qu’elle s’appauvrit sous les contraintes de l’agriculture moderne. En l’espace d’une année, un gamin du coin fera l’expérience des mutations qui altèrent les relations.

Dans le village, chacun connaît Johnsey Cunliffe, un garçon d’une vingtaine d’années. Légèrement déficient, il travaille à la coopérative agricole, tandis que ses parents vivent modestement de leur exploitation. Depuis l’enfance, Johnsey le cœur simple, a souvent été le souffre-douleur des autres, humilié et malmené jusqu’à la méchanceté.

Le regard sur lui change lorsque les terres agricoles dont il a hérité à la mort de ses parents, sont déclarées constructibles. La proposition d’un projet économique digne de l’enrichir ainsi que ses voisins attise les convoitises. Pourtant, par loyauté envers sa famille qui a trimé sur ces terres, Johnsey Cunliffe refuse de vendre. Dès lors, il n’existe plus ni compassion, ni solidarité. Comme aux pires heures de son enfance, il est seul pour affronter les attaques.

« En Irlande comme ailleurs, il devient presque impossible de vivre de la ferme. Lorsque je travaillais comme assistant d’un vétérinaire, je rencontrais des Johnsey, isolés du reste de la communauté », raconte Donal Ryan rencontré à Paris. Son héros fragile soumis à la tentation d’un pactole lui a été inspiré par une histoire authentique. « Deux frères agriculteurs ont vendu leurs terres pour 20 millions. Les médias n’ont parlé que de cela et devant les caméras ils devaient assumer d’être devenus riches. La réalité est qu’à la campagne, beaucoup de fils ne veulent plus travailler la terre comme leurs pères ».

Par-delà le tableau d’une ruralité en souffrance, la force du roman de Donal Ryan tient à la voix singulière de son héros, « un garçon qui a une façon différente d’être au monde ».

Johnsey si vulnérable résiste à l’avidité de ses voisins, au nom d’un certain regard sur la vie, d’une poésie qui ne se marchande pas. Ce roman doux et cruel témoigne d’une sensibilité rare.

« Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe » de Donal Ryan. Traduit de l’irlandais par Marina Boras. Albin Michel. 290 pages. 24 €. Photo Anthony Woods.