Un instant d’abandon

Catégorie : Anna Gavalda, Le Dilettante, Nouvelle‎s, Nouveautés

La discrète Anna Gavalda revient vers la nouvelle avec un recueil  tissé de fêlures et de solitudes.

La bienveillance est un mot à la mode. En littérature, on s’en méfie comme des bons sentiments. Et pourtant. La mansuétude dont Anna Galvada enveloppe ses personnages ne pèse pas, ne colle pas.

En sept nouvelles, l’écrivain part à la rencontre de désarrois légers ou profonds qui saisissent hommes ou femmes à un moment de leur existence. Anna Gavalda les accompagne au moment où leur quant-à-soi se fendille, où les blessures intimes enfermées à triple tour, se libèrent même furtivement. Ces tranches de vie riches de leur ton singulier, sonnent juste à chaque fois.

On sait l’auteur de « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part », douée pour le genre exigeant de la nouvelle. La maîtrise de la brièveté et son art indiscutable de la chute font encore merveille dans ce recueil habité par des personnages aux vulnérabilités émouvantes.

De la jeune banlieusarde à l’homme d’affaire toujours entre deux avions, du chauffeur routier à l’architecte, des failles enfouies fendillent leur assurance. La veuve doucement alcoolique d’un homme aimé envie une femme qu’elle observe chaque matin au café du coin. Lors d’une soirée, chacune se livre avec d’autant plus de sincérité que l’autre est une inconnue. Dans un immeuble, un homme accaparé par son travail a été quitté par sa seconde femme. Son voisin, avec qui il partage le goût des belles chaussures, va apprivoiser sa solitude à coup de soupes délicates, de vins fins et de classiques du cinéma hollywoodien.

Cette nouvelle, l’une des plus belles du recueil, contient l’essentiel en quelques pages.

Quand Anna Gavalda dépouille ses héros de leurs préventions, c’est sans violence. En douceur, ils glissent vers la confidence, abattent leurs masques. Et si au bout du compte, ils sont ramenés vers leur solitude, ils ne sont plus tout à fait les mêmes.

Attentive aux éclopés pris dans les différentes nuances de la tristesse, l’écrivain peint des miniatures lumineuses. Qu’importe que les faiblesses soient tenaces ou de circonstances. Ses cabossés sont des gens ordinaires que leurs fêlures révèlent et élèvent. Même si cela ne dure que le temps de « Fendre l’armure ».

« Fendre l’armure »  d’Anna Gavalda. Le Dilettante. 285 pages. 17 €. Photo © M.Heinry